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La nuit, il y a des amis

Un soir, jugeant que nous avions presque parcouru la moitié du chemin, dans notre route vers l’Ecosse, nous décidâmes de nous arrêter pour la nuit. ‘Tiens, je pensais que tu voulais t’arrêter dans ce village ?’ Me fit remarquer Fabienne.’ Oui mais tu m’as distrait, tant pis on s’arrêtera  à  Eccleshall, (Staffordshire dans le West Midlands)

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Il devait être dix ou onze heures ; dans la rue principale, qui peut-être était la seule, nous eûmes la bonne surprise d’apercevoir un pub ouvert et devant : des visages sympathiques, des signes de bienvenue. Je stoppais le  moteur et nous reçûmes l’accueil de ce petit groupe joyeux. ‘D’où venez vous comme ça ?’, ‘Qui êtes vous,’ L’un d’eux signa ma carte sur le triporteur ; c’est ainsi que je me souviens du nom du village. La fille, brune, au visage jovial et à la peau blanche des gens du nord de l’Angleterre s’appelait Shelly. Après cinq minutes montre en main, elle déclare : ‘ Vous allez dormir dans ma cour vous y serez tranquilles’. Demain vous pourrez prendre une bonne douche et un café.’ Puis, quand le pub s’apprêtait à fermer :’ Allons chez moi, j’ai une bouteille de  Whisky.’ 

 Même s’il n’y avait que soixante mètres à faire, nous les fîmes tous ensemble, dignement, en triporteur. En entrant dans cette maison à la fois banale et sympathique, et découvrîmes à l’intérieur, Vicky, sa colocataire et son boy-friend. Elle me parut un peu surprise d’avoir de la visite à cette heure de la nuit. Cependant notre hôtesse savait comment nous mettre tous à l’aise  et tout en s’activant pour nous servir un verre, fit les présentations. Son enthousiasme commença à dégeler un peu l’ambiance. Je pense qu’aucun d’entre nous n’a regretté cette soirée, enfin pas avant le lendemain qui fut ‘critique’ il faut l’avouer.         

Même après m’être vidé les intestins ce qui me permit d’entrevoir Eccleshall, sa rue, son poste de police, son terrain vague…je me sentais glogy-glogant, (c’est une expression que je viens d’inventer.) Je suis alors resté une demi-heure dans un bain avec des lunettes de soleil. Je m’extasiais secrètement de la couleur mauve violette des sanitaires.

Mais rien n’y fit.   

Pendant la soirée, nous avons dansé et rigolé sitôt que j’eus éteint la télé, d’où suintait en permanence une émission de télé réalité du type : qui sort avec qui, qui a trompé qui, qui sait faire des bulles avec l’anus de qui… Je voyais aux yeux de cette pauvre Vicky, qu’elle fixait parfois cette télé pendant de longues heures, (maladie qui était la mienne, avant que je me débarrasse du superflu.) Malgré ces yeux de vache au pré que vous fait la télé, avec lesquels elle me regarda surprise, elle n’en gardait pas moins beaucoup de charme. ’ je m’en fous, Vicky de savoir qui sort avec qui ’. Elle me fixa alors avec perplexité, puis au bout d’un moment sourit et détourna son regard. Elle commençait à vraiment s’amuser. Son copain, très cool, travaillait sur la section de route que nous allions empreinter le lendemain. A noter la présence d’une autre convive, la chienne. Fabienne et notre hôtesse s’amusaient follement elle aussi : entre autre à me regarder car j’avais bu plus que de raison et je me lançais dans des chorégraphies ridicules, inconnues de tous en m’accompagnant moi même à l’harmonica. Mais, c’était pas mal… je crois, en tout cas moi, ça m’a plu. Il y avait une photo sur le mur, une grande Photo de chimpanzés qui exprimait vraiment quelque chose de particulier, et pour laquelle Vicky avait sans doute, cassé sa tirelire. Je remarquais alors son goût pour choisir les images. Je lui en fît la remarque et elle voulu me montrer sa pièce maîtresse.   

Que les choses soient claires, je ne me moque pas, bien sûr comme moi elle n’a pas beaucoup de moyens, mais au moins elle s’intéresse et achète, des œuvres d’artistes. Elles sont pour elle, comme des talismans qui marquent son existence.      

Ce qu’elle me montra, réveillant son petit ami par la même occasion, me fit beaucoup d’effet. Je lui ai sans doute fait des compliments un peu exagérés par l’excès  d’alcool, quoi que ; pas sûr, car je ressens encore aujourd’hui, le même sentiment. Il s’agissait du Concorde. Une aquarelle du dernier vol de l’Avion supersonique ; ni plus, ni moins.       

Je me demandais ce qu’elle voulait dire pour elle. En lisant dans ses yeux pour la deuxième fois, je su que c’était à peu près la même chose que pour moi.  

L’art a encore une importance capitale dans la vie des gens, pour dire  qui ils sont, ce qu’ils pensent, pour s’orienter, c’est-à-dire, ne pas se perdre, garder le cap et pour tant d’autres choses encore.     

Nous sommes allés nous coucher vers six heures Fabienne et moi, et Shelly, notre gentille hôtesse, n’est pas allé travailler le lendemain. Merci à tous pour ces magnifiques instants.  Sur mon chemin, il y a toujours des Amis dans la nuit. Ils se reconnaîtront un peu dans ces quelques lignes comme : Célina et son amour, mariés depuis quelques semaines maintenant, ou Owen et Sarah : pour avoir eu les mêmes attentions et la même gentillesse à notre égard ; le même plaisir aussi, et parfois, pour n’ avoir pas réussi à se lever le lendemain. Merci à tous pour tout cet amour passager qui vaut aussi bien pour moi, que n’importe quel autre.                                                      

Ainsi, nous avons repris notre route le lendemain, glogy-glogant, c’était dur, mais le plaisir était pour nous et la route si belle, jusqu'à arriver à dix miles d’Edinburgh.

 C’est là que nous avons dormi, anonymes, près d’une ferme, en Ecosse.

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