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LE FRINGE

Tu vois, là, j’essaie de trouver ma place dans la foule, je joue des coudes et du volant dans la ville en pleine ébullition.

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Du coin de l’œil je guette, toute opportunité qui me permettrait de mieux comprendre, ce joyeux désordre, de mieux cerner cette débauche d’excentricité qui envahit d’un seul coup Edinburgh à l’approche du festival.

cabine

Elle doit, d’après ce qu’en disent ses habitants, recouvrer dès la fin du FRINGE (C’est ainsi qu’ils l’appelle), son apparence habituelle, plus uniforme, et plus conventionnelle. (Pour eux bien sûr car pour moi et pour vous : voyageurs opportuns ; tout est nouveau et sujet d’étonnement dans cette ville, et de façon plus générale en Ecosse.)

 

copains

En attendant qu’il est fascinant de voir ces rues encombrées par toutes sortes d’acteurs

tete en bas

, déguinguendés ou guindés, humains ou extra-terrestres, tentant d’attirer le plus de public possible à leur spectacle.

plafond

Je découvre les hauts lieux de vie nocturne à ce moment de l’année, comme le ‘brass-monky’, ce pub où une sorte d’immense lit occupe entièrement l’une des arrières salles, et sur lequel chacun s’installe après avoir ôtées ses chaussures. Avec ces petites tables en bois disséminées dessus, on se croirait dans Alice au pays des merveilles. Je sirotais un Irish-coffee, affalé là, en compagnie d’un peintre norvégien qui portait un nom de guerrier, il allait épouser le surlendemain sa ‘généreuse’ dulcinée (une authentique femme d’affaires), étendue suavement à ses cotés. (ils faisaient un couple merveilleux), ‘ …mais’, me confia le viking, ‘depuis qu’elle a si bien comblé mes désirs , je ne ressens plus le même besoin de peindre.’ (Je suis sûr pourtant de l’intérêt de ses toiles figurant des personnages amorphes ployant sous le poids de villes se développant sur leurs dos.) J’irai leur rendre visite un jour plus au nord-est. Ils étaient accompagnés de John et John : l’un chercheur et l’autre je ne sais plus, ah oui, acteur ! Ils étaient tous les deux en bonne santé, (si vous voyez ce que je veux dire) et se ressemblait beaucoup. Mais l’un passait sa journée à découvrir le moyen d’implanter des capteurs sur le corps humain qui détecteraient la moindre anomalie dans son métabolisme, ou un signe infime de maladie. Tandis que l’autre se déchaînait sur les planches. ( Le coup des capteurs m’a horrifié au premier abord, car pour ma part j’aime mourir à l’ancienne, mais je ne peux pas dire que j’apprécie la douleur, ni de voir les autres souffrir et gémir. Je vous raconterai bien la fois ou j’ai refusé catégoriquement l’anesthésie chez le dentiste mais ce serait un peu hors sujet. Et puis ce genre de recherche ouvre des perspectives nouvelles et peut être de belles observations.) J’ai dessiné le couple de norvégiens, pour m’amuser et par ce que les ais bien appréciés.

Le ‘Forest café’ est aussi intéressant. Presque seul lieu de la culture alternative, ressemble beaucoup dans son âme à l’Usine’ de Genève. On y croise des punkette épineuses à souhait, de bons musiciens de tous pays, et des artistes en tout genre. Ces endroits sont très attrayants, mais je n’y prends pas mes habitudes, non… je choisi les bars les plus neutres pour y relire mes pages et les envoyer ainsi que les photos de mes œuvres à Pierre, mon webmaster. Des lieux où l’on ne risque pas de rencontrer trop de distraction. J’ai cru avoir trouvé l’endroit idéal à l’Aspen bar, mais on ne se protège pas facilement des belles personnes et parfois j’y ai eu de longues conversations. Finalement pas moins qu’ailleurs, je dois l’admettre.

bus

Une fois, la fille qui se tient d’habitude bien sagement derrière le bar vient se tenir tout près de moi et me regardant avec un regard innocent et bleu me demande gentiment : ‘ Vous êtes un artiste n’est-ce pas ?’ Que pouvais-je dire ainsi désarmé ? Je pouvais sentir, quand des clients passaient, ses boucles blondes frôler le haut de mon bras et… même l’odeur de sa peau couleur de lait…

Heureusement elle était très timide et sans doute pas très rassurée par ce qu’elle comprenait petit à petit à mon sujet. Ou peut-être venait elle me voir aussi innocemment qu’on entre dans un musée. (après tout les filles, c’est pas forcément de leur faute si elles sont belles.) Néanmoins je me dis secrètement : la prochaine fois, j’aurai du cran, je mentirai : ‘Non,…non, pas du tout, je suis en vacances.’

pink ladies

 

pink usine

  pink house

 

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Les femmes qui rêvent d’un aventurier qui vienne les enlever ne courent pas les rues. Celles là, elles sont déjà sur les routes depuis longtemps ; sorties, jeunes filles, de leur ville natale, elles n’ont pas besoin qu’on leur tienne la main. Non ces filles-là, s’envolent un jour de leurs propres ailes, tout simplement, et aussi gracieuses que des frégates, naviguent depuis dans les courants des airs, loin … loin !

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Une fois ou deux, elles vous frôlent pour assouvir l’une de leurs envies redevenues brutales, et plus … sauvages… Puis vos chemins se perdent à nouveau. J’ai bien plus que du respect pour ces navigatrices, insoumises et joyeuses, qui vont à la rencontre des peuples lointains et, par d’autres moyen que les diplomates, contribuent certainement à l’entente entre les pays du monde.

Les autres, les femmes de tous les jours, toutes bien toilettées, même si parfois elles sont de celles qui me font rêver, ne sont pas pour les voyageurs permanents, pas pour les ‘passants’, pour milles raisons que je ne citerai pas…

Je ne les en blâme pas et à chaque fois qu’une de ces femmes me fuit, je devrais me sentir dans la bonne voie, chacun reste à sa place.

run rabbit

Mais parfois, ce que j’aimerai en déranger une, la faire sortir de ces gonds, de ces ornières, du chemin tout tracé. La détourner vers une nouvelle destination, qui ne serait pas celle qu’on avait imaginée pour elle… Je suppose aussi que certaines femmes aimeraient trouver un voyageur, qui poserait ses valises pour elle. ( Hm…,très risqué )

J’aime à penser que ma vie est très loin de ce que mes parents avaient imaginé. Seulement l’ennui c’est que je ne suis pas sûr qu’ils aient fait le moindre projet pour moi. De cela je leur suis reconnaissant, de ne pas avoir essayé de me protéger de tout, et de m’avoir beaucoup aimé. Grâce à ça, j’ai une immense confiance en la vie, et ce n’est qu’à cause de la vie que j’en ai un certain détachement. (Au fond, j’aime profondément mes parents.) Mais comme à chaque fois que je m’égare sur ce genre de terrain, j’ai l’impression de me fourvoyer, de ne parvenir à en aborder que le reflet et de faire de la philosophie à deux balles. J’espère simplement que ce romantisme, qui est l’apanage des siècles précédents, ne c’est pas tout à fait éteint.

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Mon père et moi au Bord du Loch ness.

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Il semble y avoir trop d’agitation dans le centre pour m’y intégrer facilement. Et je m’aperçois bien vite qu’il n’y a pas vraiment une entité qui contrôle tous ces événements, ce qui ne me laisse pas vraiment la possibilité d’obtenir des autorisations autrement que par la ville. (Autorisation que j’attends encore, six semaines après ma demande.)

Alors je suis un peu perdu… Comme toujours dans ces cas là, je tente de prendre une chose après l’autre, et comme toujours, je n’y arrive pas vraiment. Au moins je m’amuse et j’assumerai quand viendra le moment de payer l’addition. Tout commence par un festival de blues et de musique en général,

musicqui se transforme un jour, un beau, en festival de théâtre qu’ils appellent the Fringe.

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Je ne me mets toutefois pas trop la pression. Mon intention est juste de trouver ici, une place dans un lieu agréable, où je pourrai être inspiré par les acteurs et bénéficier du calme relatif nécessaire à la création de deux toiles. Faire deux toiles tous les mois, tel est l’objectif que je me suis fixé pour parvenir à faire une expo qui ‘tienne la route’ (au sens propre bien sûr. Vous avez remarqué sans doute, que la galerie de ce site, n’est pas très bien fournie…) Jusqu’ici je ne suis pas vraiment parvenu à mes fins, mais il y a du mieux, sans doute... ?

Niveau animations, tout se passe dans les centaines de ‘Venues’ qui peuvent être : des salles de théâtres, des bars, des écoles, des espaces extérieurs, des églises où tout autre lieu mis au service de cette fièvre qui va enflammer la ville pendant plus d’un mois.

Ce désordre n’est qu’apparent car les artistes sont choisis longtemps à l’avance par les managers. Pour eux, c’est vraiment le travail d’une année pour faire en sorte que tout soit prêt le moment venu.

En attendant de trouver ma place, je découvre le charme de cette ville dont les ombres sont parmi les plus sombres du monde entier. Peut-être est-ce pour admirer la ‘sombritude’ de ses ombres que les touristes viennent des quatre coins du monde.

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Des endroits, des rencontres ; dans une atmosphère générale, je dois dire, assez enivrante. Je me suis senti changé par cette ville (et de manière plus générale par l’Ecosse et l’Angleterre),

batimentsqui a véritablement un charme particulier, on y trouve des monuments théâtraux à tous points de vue majestueux, et des recoins sombres, plus sombres que partout ailleurs ; sombres à souhait dirons nous. Tel fût le décor de notre rencontre avec Antoine.

 

antoine

Antoine n’est ni artiste ni organisateur. C’est juste un bourlingueur et un cuisinier. Nous avons le goût des routes en commun et la Haute-Savoie d’où il vient. Ce n’est pas la pratique d’un art qui l’a poussé à vivre en inde ou en Australie, mais sa curiosité naturelle pour la culture et par amour pour quelques femmes qui l’ont enchanté et parfois déçu. Antoine habite dans un de ces hôtels ‘law-coast’ où se pressent une multitude de jeunes qui sont ici pour travailler pendant le festival et repartirons après. ‘

Tu viens d’où en Haute Savoie ?’ me demanda t-il,’j’ai vu ta plaque et heu…’. ‘Finalement tu as bien fait de choisir ce bar’ dit Fabienne, s’émerveillant que cinq minutes après avoir posé un pied sur le pavé d’Edimburgh, les présentations soient faites et qu’on se retrouve attablés, discutant comme de vieux copains aux puces de St Ouen.

Je fis semblant d’avoir eu ‘du flair’ car elle voulait qu’on s’arrête ailleurs.( par pur plaisir de la contrarier.) Elle n’est pas restée assez longtemps avec moi pour savoir que c’aurait été pareil dans n’importe quel autre endroit. (même sur la lune ? m’aurait-elle dit.) Les lois de la gravité ne s’appliquent pas de la même façon pour les artistes voyageurs que pour le reste du monde. Je choisis un endroit pour sa lumière, ce qu’il me rappelle, mais même si je ne sais rien des gens que je vais y rencontrer je commence à savoir à quoi m’attendre.

Souvent, c’est comme si j’étais un ballon avec assez d’hélium pour planer juste au-dessus des têtes, et parfois étant le jouet des fluctuations du ciel et de la pression atmosphérique, je me pose sur une table.

Les personnes présentes peuvent alors lire sur mon flanc les lettres inscrites en majuscules. Ceux qui en connaissent la signification, affectueusement, me donnent un nouvel élan, comme ça, pour rien ; parce qu’ils croient encore en ce mot. Pour d’autres ces lettres ne veulent plus rien dire. Ils ne me voient même pas. D’autres, parfois, vous attachent un caillou au bout de la ficelle et vous jettent sous la table. Des fois même, certains d’entre eux font leur possible pour en effacer, en salir ou en changer les caractères. En quoi me direz-vous ? En n’importe quoi. Ils ne sont pas responsables de ce que deviendra ensuite le message; pour autant que ça ne risque pas d’être ce dont ils ont peur. C’est très rarement de la pure méchanceté. C’est juste parfois un peu violent.

Mais pour une personne ‘ignorante’ il y en a dix qui vous accueillent aimablement. Chacune de ces personnes qui vous apporte leur aide, ou à qui vous arrachez un sourire mérite d’être découverte, car elles sont des cadeaux, ( Les vrais êtres vivants) et de vous avoir vu, elles se sont reconnues. Vous partagez la vie grâce à une simple communication. Car je crois que la vie a beaucoup à voir avec l’échange et le partage.

Antoine, avec le peu de moyens dont il disposait a donné cette impulsion. Et parmi la multitude de gens qui m’ont croisé par la suite, se trouvait Sabine. Sabine est une étudiante en médiation culturelle. (Tout ce qui concerne la présentation de la culture au public, qu’il s’agisse d’art ou d’histoire, ou de toute autre forme de culture.) Perdue dans la multitude de personnes affairées au cœur d’une Venue survoltée, et ne parlant pas très bien la langue, personne ne faisait vraiment attention à elle ; mais elle, fit attention à moi, (par-ce qu’elle n’était pas conne). C’est grâce à elle que je rencontrai Maria et Julian dont j’ai le pressentiment qu’ils sont fous même si ça ne s’est pas tout à fait avéré, jusque-là. Le courant est donc immédiatement passé entre nous, et jamais le prénom de Sabine ne fût autant cité.

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J’ai eu de la chance d’être accueilli par l’une des plus créatives Venue du festival qui n’affichait pourtant pas des logos tape à l’œil mais qui avait une bonne qualité de spectacles. Maria Lagos et Julian Caddy, les deux meneurs de ‘Sweet’ Venues m’ont accueilli comme un invité, un artiste de dernière minute. Avec un respect partagé, ils m’ont permis de vivre le festival de l’intérieur. Puis, quand le moment est venu pour moi, de reprendre la route ; c’est solennellement que Julian m’a salué d’une accolade et d’une bise à la française. Mais entre bonjour et au revoir, il s’en est passé des choses…

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Pour une troupe de théâtre, c’est un investissement de plusieurs milliers de £ pour pouvoir se produire pendant le festival. Beaucoup d’acteurs n’y gagnent rien mais c’est vraiment quelque chose à vivre. Si le spectacle marche bien, il peut être prolongé et faire l’objet de bons articles. Ce fût le cas pour : ‘Le navet bête’ ,troupe du sud ouest de l’Angleterre que j’ai particulièrement suivie. A cause, bien sûr de la qualité de leur jeu mais aussi de leur apparence visuelle très parlante, ils ont été mes modèles préférés.

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J’aimais représenter sur le papier, à l’aide de quelques crayons et de feutres noirs l’émotion de l’un des personnages, me demandant parfois lequel de la personne ou de son rôle transparaissait le plus.

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Je n’ai pas vu trop de spectacles car j’étais déjà très occupé, et je faisais souvent parti des animations, mais j’en ai vu trois autres. Pas aussi aboutis et intéressants pour moi.

Il y avait à mon goût trop peu de pièces de pur théâtre et trop de stand up de vedettes du moment et de comédies en tout genre. Mais je pense qu’en cherchant bien, chacun a pu y trouver son bonheur.

Il est à noter l’absence de l’une des plus populaires Venues du Fringe qui était entièrement dédiée au théâtre visuel, mais qui avait, malheureusement du mal à couvrir ses frais. (J’espère qu’ils renaîtront de leurs cendres.)

Julian et Maria avaient eu la bonne idée de créer dans l’une de leur venue une scène ouverte dans la ‘Cantina’, où chaque artiste pouvaient venir se produire pendant quelques minutes. Certains d’entre eux ne faisaient pas partie du festival. La plupart des Artistes aimaient s’y retrouver après leur journée et prolonger la magie. Je pense que ça renforçait beaucoup l’esprit d’équipe, et encourageait tout le monde à faire mieux, le lendemain. Je venais m’y réfugier pour peindre quand le temps était trop mauvais,

et j’ai pu avoir l’aperçu de différents spectacles dont beaucoup étaient très bons. (Comme cette actrice Chinoise qui interprétait à la fois le rôle d’un ponte, de la pègre chinoise d’une ville américaine, l’inspecteur chinoise, et sa mère. Nous plongeant sans nul besoin de décor et par la seule magie du théâtre dans une sombre enquête policière.)

De moi, ils n’ont rien attendu, et c’était bien le plus beau. Ils m’ont fourni un emplacement dans les plus brefs délais, au Edinburgh Collège of art, avec une tente accolée à celle du bar. En me disant ‘Voilà, ça va aller ?’ J’y ai passé des moments de pure quiétude et d’intense créativité. Quoi de mieux pour moi, que cette Venue où je disposais d’un magasin de peinture, spécial pour étudiants, d’un accès direct aux artistes, qui m’invitaient à des tas de pièces, où je n’avais pas le temps d’aller, et des super copains qui travaillaient aux spectacles ou dans le bar. (Ceux du bar étaient plutôt des étudiants de l’école ou des anciens élèves gérant toutes sortes d’animations.) Tous les samedis soir, pour me détendre, j’étais invité par les bar-men : Sarah, Nick, Liam, Owen ou Calvin à la Eggs party, qu’il ne faut surtout pas manquer si on va à Edinburgh parce que c’est radicalement différent de nos discothèques à nous. La musique : de la pop Anglaise, des trucs qu’on entend que dans ce genre de soirée et des gens aux looks dévastateurs très vintage, jamais vulgaire, tapant de la pointe des pieds comme dans les année 80, c’est craquant. J’y ai rencontré les adorables Owen et Sarah que j’aime et dont je parlerai plus tard. Comme je n’ai pas parlé de Joneal, de Rob, et de Leon, mon cher Leon.

Pour l’instant je suis là et je peins ; entre autre, je finis un tableau que j’ai commencé en Guadeloupe et qui, arrivé à son terme a trouvé son acquéreur à Londres en la personne de Ed qui m’a simplement laissé un message dans la rubrique ‘à vous la plume’ quelques jours après avoir vu la toile chez David dans le Dorset. Ed dirige l’une des maison de disque d’un illustre artiste anglais. J’en ai profité pour lui passer une des maquettes de l’album d’Alex ‘l’Atelier roulant’. J’espère qu’Alex pourra avoir la chance de faire un vrai album de ces compositions qui à mon avis méritent le détour. Les enregistrements actuels ne lui rendent pas vraiment justice, (même si je trouve qu’il ne s’est pas si mal débrouillé avec le matériel de qualité plus que douteuse que nous avions à notre disposition). Vous pouvez les trouver avec photos à l’appui dans : ‘la boîte à musique ‘ et maintenant vous pouvez même les écouter(et bientôt dans une nouvelle version), en vous délectant des pages si brillement écrites par votre artiste préféré, tout en dégustant pourquoi pas, un flan au caramel ou une île flottante, s’il vous en reste dans votre frigo. Moi, dans la roulotte de gitan qu’on m’a prêté pour remplacer mon triporteur qui est un peu tombé en panne au milieu du nord-est de l’Ecosse, il ne m’en reste pas. Mais qu’à cela ne tienne ; une tempête se prépare, et je ne voudrai pour rien au monde être ailleurs en ce moment. Je ne manque de rien grâce aux gens d’ici qui sont incroyables, et Carmelo et Alain de chez Piaggio, (que je remercie chaleureusement), veillent à ce que me soit envoyé le précieux piston absolument introuvable à Bridge of Mochalls près de Aberdeen , où je me trouve à l’heure où j’écris ces lignes. Alors soyez assidus et n’hésitez pas à poser vos questions à moi où au reste du monde dans : ‘à vous la plume’, puisque quand on l’a par inadvertance égaré, (le monde), c’est un bon endroit pour le retrouver.

En tout cas, pour en revenir au tableau de la maison Zévalos, et pour la petite histoire, il s’agit d’une des maisons de métal et de briques, créées par Gustave Effel, et destinées à une colonie du nouveau continent, la Louisiane. L’un des navires convoyant les précieuses demeures se trouva pris je suppose dans un violent orage qui le força à débarquer son fret en Guadeloupe ou en Martinique, puisque j’ai entendu dire qu’on en trouvait aussi là bas . Cette maison une fois construite sur le terrain d’un des notables de Guadeloupe, acquis toutefois bien vite la réputation d’être hantée, à cause sans doute des bruits étranges qu’on y entendait. Se peut-il que le mélange de métaux et de briques eut provoqué d’inquiétants gémissements ? ou cette réputation est elle due à des dires ou quelques morts étranges et inexpliquées je ne sais. Ce que je sais, en outre, c’est qu’elle n’est jamais restée habitée très longtemps et qu’elle ne l’est plus du tout depuis longtemps. Ce qui est intéressant en ce qui me concerne, c’est que je n’étais pas conscient le moins du monde de tout cela quand je me suis lancé dans cette représentation peu formelle de cette demeure.

A vrai dire, peu de temps après avoir récupéré du bateau mon triporteur, je roulais joyeusement sur les routes de Guadeloupe, tout enivré de ce paysage nouveau qui défilait, devant mes yeux. Je prenais du coup de multiples photos, un peu au hasard des signaux que me faisait mon nouvel environnement. Attiré par une belle rangée de bananier et le toit strict d’une maison coloniale, je déclanchais une prise de vue de mon appareil que je tenais à bout de bras. En découvrant la photo, je fus sidéré de voir qu’ elle était intéressante et parfaitement cadrée. Mais ce qui me plaisait dans cette image demeurait encore flou et inexpliqué.

Pour les besoins de ce site je m’amusai quelques semaines plus tard à en transformer les valeurs et les couleurs à l’aide d’un programme informatique, lorsque je découvris par hasard quelque chose qui résonnait et vibrait au fond de ma cornée : Le mouvement, Aller de l’avant et je décidais en quelque sorte d’abandonner le sujet du tableau.

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Au fond c’est un tableau où l’on peut voir comme on voit quelque chose qu’on laisse derrière soi, à peine appréhendé du coin de l’œil. Et puis on peut aussi le regarder pleinement et percer ce vent. Quelqu'un, en me voyant peindre dans la rue, a reconnu cette impression et vu à travers ce vent. Il fût le premier à me dire de quelle maison il s’agissait, malgré qu’on en voyait qu’une partie et que les couleurs avaient été radicalement changées. Il me raconta son histoire, comme plus tard d’autres le firent, me racontant parfois des souvenirs d’enfance que leur rappelait cette toile. (D’autres ne l’aimaient pas du tout.) Tout ça pour dire que ce qui m’avait intéressé au premier abord c’est ce que l’image disait de la Guadeloupe et des Antilles, ce que je voulais dire et non pas l’histoire de cette maison. (Je ne vous dirai pas ce que je voulais dire car il n’appartient qu’à vous de le découvrir. Nous les artistes, aimons que nos œuvres parlent d’elles-mêmes, c’est pour çà que nous aimons vous les montrer et vous écouter en train de nous dire ce que vous ressentez.) C’est la seule toile que j’ai réalisé aux Antilles et c’est par hasard que j’ai choisi une maison qui avait un passé. Pourtant maintenant, ces histoires s’entremêlent avec à présent une troisième histoire : Le Jour où Ed découvrit cette toile encore inachevée, dans l’atelier de David Risk Kennard où il se trouvait par hasard.

C’était après un repas chez des amis dans le Dorset où il avait passé le week-end pour se reposer de la vie trépidante de la capitale et de la maison de disque. Nous avons fait une ballade en cette belle après midi d’été, en compagnie de toute la famille Kenard, Ed je crois était resté chez ses amis.

Mais plus tard ils avaient eu envie d’aller voir les ateliers de David à Powerstock. Dans le grand atelier son regard fut attiré par le rythme inhabituel d’une toile posée sur un chevalet tout gris, d’être resté souvent sous la pluie.

‘Qui a peint ce tableau demanda t’il à David ? Il me plaît, il me plaît beaucoup.’ David lui répondit que c’était moi, et me dit plus tard à quel point il l’avait apprécié. Déjà, je pense qu’il avait décidé de l’acheter. Mais pendant qu’il laissait son regard courir avec plaisir et curiosité sur cette surface rythmique et dans cette magie, quelque part, ailleurs, je ne sais où en Angleterre, une Vieille femme mourrait. Elle avait été durant sa vie une bonne mère, puis, pendant plus de trente-cinq ans, une grand-mère attentionnée. C’était la grand-mère d’ Ed qui s’en allait. Même s ‘il n’en avait nul besoin vu l’évidente réussite de son petit fils dans sa vie professionnelle elle lui avait laissé une petite somme d’argent. Ed voulu acheter cette toile pour lui rendre hommage et ce souvenir, mais de façon positive, de ce qui l’unit profondément à cette belle vieille dame.

Je suis donc allé lui apporter le tableau à l’aéroport d’Edinburgh.

Ce fût un mois d’intense travail et une source d’inspiration spontanée et irréfléchie, une série de bousculade qui, je le vois aujourd’hui, a porté ses fruits. Mais sur le moment ; il y avait beaucoup de ce mélange d’errances et de concentration. Je me sentais un peu seul sentimentalement, ce qui a pour habitude d’aller crécendo les semaines suivantes jusqu'à un point critique où je sors en général des créations nombrilistes et infantiles qui ont pour effet de me réconforter et après ça va mieux. Mais je n’en étais encore pas là. Par contre sur la fin, après avoir brûlé ses yeux et donné beaucoup de son énergie et de son cœur au spectacle pendant plusieurs semaines, (Dans une ambiance super motivante et amicale.) tout le monde avait un peu les émotions à fleur de peau.

Le soir de la fête de ‘Sweet venue’ à la cantina marquant la fin du festival, je me décidais enfin à faire la fête et à me laisser aller à la joie et à toutes les émotions intenses qui m’habitaient et qui avaient besoins de s’exprimer . J’étais, je dois l’avouer en grande forme et les autres aussi, une soirée mémorable commençait. Ce fut aussi la soirée des Hawards, et je fus tout surpris d’en recevoir un moi aussi. J’en étais très fier. Il était écrit dessus : ’Pour la plus Obscure interprétation.’ La classe… Il faisait référence à la seule et unique fois où je suis monté sur ces planches de la cantina. J’avais essayé de les divertir en leur traduisant les quelques blagues que je connais, et qui déjà lorsque je les raconte à des français ne font pas tellement rire… Celles aux connotations les plus sexuelles, que je pouvaient mimer les ont amusés, mais d’autres à propos d’une petite souris et d’un gros éléphant, provoquait un silence sans précédant dans l’assistance. Mais je ne me démontais pas et je revenais avec de nouvelles histoires. La répétition de l’absurde. Je ne suis pas drôle quand je veux faire rire, mais malheureusement pour moi, je suis drôle sans le vouloir, pour qui me connaît un peu.

Torse nu sous ma veste de smoking je fais danser de belles demoiselles qui se refile le mot :’ Vas y celui là il est bouillant’ Je boit des verres en compagnie de tout les membres du ‘Navet bête’ et nous nous congratulons sincèrement, je suis vraiment content d’être là. Je ressens de l’affection pour tous ces acteurs et la plupart de ceux qui sont là car je les ai vu évoluer pendant plusieurs semaines et parfois passer par des moments difficiles, mais ce soir tout est bien car chacun a fait de son mieux. Je me dirige vers le bar, bien décidé à être saoul, et je demande à la femme qui se trouvait derrière, une bière blanche avec un morceau de citron. Elle se trouve un peu loin de moi pour m’entendre et me fait signe qu’elle ne m’entend pas, mais elle ne se rapproche pas pour autant, et reste à sa place. Je demande plus fort, mais avec mon accent je doute qu ‘elle comprenne. Sans même y penser, presque par courtoisie, je saute et me penche au-dessus du bar, m’approche d’elle et lui redemande avec un : ‘please ‘ à la fin. Et elle comprend enfin. L’’image d’une bière mexicaine bien glacée agrémentée d’un morceau de citron se forme agréablement dans mon esprit. C’est à ce moment précis que je suis saisi par la veste. Deux jeunes hommes me tirent brutalement et me reprochent de m’être penché sur le bar et d’avoir touché la serveuse. Mes explications n’y feront rien, je suis jeté dehors, le mot que j’ai inscrit sur mon flanc est pris pour une insulte car l’un d’eux est le fils de cette femme. Je vois ma bière s’éloigner et tout disparaître, les grilles de fer se refermer sur moi. Je comprends que ces gens font partie du staff du building et que même Julian n’y peut rien. Il essaye en vain mais ne parvient pas à calmer ces jeunes hommes pleins de hargne et tout à fait catégoriques. De force ils me mettent dehors et le fils semble prêt à me frapper. Je lui parle, mais rien y fait, il est complètement borné. Sûr d’avoir vu une quelconque offense dans mon comportement.

Julian en désespoir de cause va me chercher mes affaires et me dit :’ Ne fais pas attention à tout ça, tout le monde est un peu à cran en cette période de fin de festival’. Je sais que s’il avait pu faire quelque chose, il l’aurait fait. Mais sur le moment je suis confus, seul devant cette grille, je ne comprends pas. Tous les gens que je connais ici sont à l’intérieur et moi je suis là, sous la pluie.

Un déferlement de tension puis de tristesse s’abat sur moi… Aucun d’entre eux ne va faire quoi que ce soit ? Personne ne va venir à la grille et me dire ‘viens Vincent on va ailleurs ‘? Pourtant tout le monde m’a vu être transporté sans ménagement, enfin peut-être pas tout le monde. Toutefois je pense sincèrement que certains d’entre eux ont baissé les yeux, tout simplement. Je me sens seul et je comprends à nouveau ce qu’est une ville. Un endroit où il est facile de trouver quelqu'un, et où il est tout aussi facile de perdre quelqu’un. Mes mains lâchent enfin les grilles. J’ère un instant la porte puis je me lance sur le trottoir brillant. ( Peut être est-ce toutes ces semaines sans le moindre accro qui m’ont affaibli, ou la fatigue tout simplement.) Je laisse tout aller et les larmes monter à mes yeux. Elles ne s’arrêteront pas de couler pendant plusieurs heures.

De l’autre coté du building je trouve une autre venue, comme un grand pub, entouré d’une fosse, Dans la fosse je vois des tables et une foule de gens qui s’amusent peut-être. Un message à l’intention de l’un de mes copains resté dans la cantina par l’intermédiaire de quelques personnes qui y entrent par une autre entrée située près du bar dans lequel je m’apprête à entrer. Quelques minutes après, mon copain Merry m’appelle, il était déjà en train de rentrer chez lui et me propose de faire demi-tour pour moi, je refuse, il était presque arrivé. (C’est un gars bien ce Merry.)

 

Je raccroche et me décide à entrer. A la porte de cette luxueuse Venue, deux personnes une femme et un homme, me disent qu’il s’agit d’une soirée privée, les larmes ne cessent pas de couler le long de mon visage. ‘Vous êtes un artiste ? vous avez un badge ?’ Je ne réponds rien, mais leur montre deux de mes dessins. Ils se concertent du regard et finalement me disent : ‘No doubt, you’re an artist’ et me laisse entrer. Au bar je commande un double Scotch.

Dans la fosse je rencontre Sarah, l’une des serveuses du bar de la tente, (C’est une fille immense, avec une crinière de lion (mais elle préfère les tigres (je la prendrai bien comme modèle (car elle est plus qu’ humaine (sauf ce soir là (elle était avec ses amis (elle ne voulait pas paraître trop sensible (je suppose (elle est toujours un peu distante (ou trop timide (comme tout le monde ici (j’aurai eu besoin qu’elle me serre dans ses immenses bras, (elle a simplement bredouillé que ça ira mieux demain (les femmes grandes n’aiment pas les hommes petits et faibles qui pleurent.))))))))))))) ).

Après m’être donc un peu ridiculisé, je me dirige, vers une autre table. Je discute un peu, puis engage une conversation avec un jeune homme qui me semble bien éduqué, il s ‘aperçoit que je pleure mais fait comme si de rien n’était. Il m’écoute et m’offre à boire. Il travaille dans l’histoire de l’Ecosse et se montre très civil. ( Que de chose aurai-je à discuter avec lui maintenant.) Je commence à retrouver mon calme, et me sens sombre et résigné. Je vais aux toilettes, je pisse un bon coup, et quand je ressors, le bar ferme, dehors, Christopher ou Phillip a disparu ou est encore à l’intérieur du bar. Tout en saluant d’autres personnes je lance d’une pichenette mon mégot en l’air comme un feu d’artifice, l’un d’entre eux me dit que c’est dangereux ce que j’ai fais là, mais je l’ écoute à peine : Un autre tout excité me dit : ’Do you want a back trip ? Do you want a back trip ? Hey hey ! you want a back trip, do you ?’ Je ne comprends rien à ce qu’il me veut ; Dans le doute je répond ‘OK, OK.’ Il se tourne alors et me présente son dos et dit : ‘Allez sautes ! sautes !’ : Je saute.

S’en suis alors une folle chevauchée. Je me trouve transporter à toute vitesse à travers la foule ; c’est comme si je volais, je ris, je ris !… nous nous arrêtons parfois, saluant les gens puis repartons à toute allure, je vole, j’ai vraiment l’impression de voler. Quelqu'un saute à son tour sur mon dos, mais c’est un peu trop de poids et nous nous écroulons à terre, hilares, dans un mélange de bras de jambes et têtes.

A l’aube j’arrive au collège of art où j’ai laissé mon triporteur. Rapidement, la colère me reprend : Je prend toutes mes affaires que j’avais laissées là les jette en vrac à l’arrière du véhicule et je me dis : Ca va, je trace.

Je démarre, cherche la route à suivre et me dirige inconsciemment, vers chez mon ami Leon qui habite Toll Cross. Arrivé en bas de chez lui je lui téléphone plusieurs fois (dix), (pas de réponse) je me suis donc mis à sonner. La porte s’ouvre ! Je grimpe ! Quelques étages et je sonne à une porte : woups, pas la bonne. ‘Oh xcuse me’ on me répond ‘no bother, no bother’…d’un air endormi. La suivante par chance est la bonne : c’est la colacatrice de Leon qui m’ouvre la porte l’air effarée. ‘ Entre’ ,‘il s’ habille’ -dit elle avant de s’en retourner elle aussi, l’air passablement fatigué.

Comment puis –je me pointer à six heures du mat chez un Ami, et le réveiller ainsi, alors que je ne suis à Edinburgh que depuis un mois ? Et bien les amis sont les amis, ils ne vous donnent pas leur amitié comme ça, en pensant que vous n’aurez jamais besoin d’eux. Ils savent et vous savez.

Leon est un être à part et par bien des points étonnant. Nous nous sommes connus quelques semaines plus tôt par l’intermédiaire de Joenel, un peintre que j’ai tout simplement rencontré dans la rue et avec qui, j’ai eu tout de suite de grandes conversations. J’aime bien Joneal, il ne fait pas semblant de peindre. Ses thèmes ne sont jamais gratuits. Très maigre, un peu chauve, les cheveux courts, très bruns, de petits yeux intelligents il a à peu près la cinquantaine. Sa vie est la peinture. Il m’a très vite invité à voir son atelier et marchant tout deux le long de petit square Nicholson ensoleillé : ‘Je n’invite pas n’importe qui, il y a des gens qui me font de drôles de commentaires en voyant mes tableaux, j’espère que tu n’en fera pas , n’est-ce pas ? .’ Puis il ajoute : ‘même mon chat des fois semble m’en faire parfois.’ Il s’agit d’une petite pièce sombre, dans un appartement en sous-sol qu’il partage avec son frère Steven qui est écrivain et aussi hypnotiseur.

Ce jour-là, il est venu me chercher au triporteur, au même endroit où nous nous étions rencontrés. J’y avais passé ce bel après-midi d’été à peindre en admirant, une jeune fille allongée dans l’herbe sur le ventre, lisant un journal ; il était accompagné d’un jeune homme roux blond qui m’a tout de suite intrigué avec, ses chaussures jaunes, son sourire sardonique, et son œil bleu clair brillant et vif. ‘This is Leon Vincent…’ a dit Joneal. Antoine m’accompagnait, et nous avons vraiment apprécié cette visite. Derrière l’appartement aux nombreuses pièces sombres, un vieux jardin magnifique et frais sommeillait. Malgré le chat qui m’attirait et s’était installé sur la télé qui était dans l’atelier, je n’ai pas voulu y pénétrer avant que Joneal ne m’y invite. (C’est pas vrai, j’y suis enté mais je me suis ravisé.) Enfin après quelques minutes nous sommes entrés.

Une série de toiles représentant le christ sur une barque dont il était, du coup la voile et le mat, me convainquit immédiatement de l’engagement de l’artiste. Il (jésus) semblait mourir de soif au milieu de cet océan salé et sa silhouette se détachait délicieusement sur ce ciel d’un jaune clair très doux. Plusieurs toiles me fascinèrent. Son style n’est pas réaliste, et de sa couleur vraiment, émane la lumière. Le pigment est souvent assez pur mais appliqué avec douceur et amour. Du coup le plaisir des yeux est intense et le sens du tableau se lit à un niveau inhabituel. C’est un très beau travail. Jonael vit dans son atelier ce qui signifie qu’il dort à même le sol car il n’y a pas trace d’un matelas dans la petite pièce où, sur un petit meuble s’accumulent les tubes de peinture vides. On peut en lire les strates successives par le degré de jaunissement des étiquettes. On pourrait penser qu’il s’agit d’une œuvre d’Armand, mais c’est simplement une façon pour lui de conserver ce qu’il reste au fond des tubes le jour où il serait malencontreusement à court. La peinture est presque tout dans sa vie.

En discutant dans la cuisine avec Leon, Antoine et lui, je découvre que je peux toujours lui faire confiance pour avoir une réaction inattendue à ce que je déclare. (C’est souvent intéressant). Leon, lui, me comprends ou cherche à me comprendre à cent pour cent. Pendant la soirée nous nous intéressons de plus en plus l’un à l’autre. Il est très amusant, car c’est un poète de l’instant,

je dirais qu’il est trop impulsif pour vraiment persévérer dans une des activités pour lesquelles il est naturellement doué : le piano, la comédie, la poésie, chanson et composition et sûrement une foule d’autres choses. Mais sa sensibilité et son humour touchent instantanément ceux qui le croisent, sa force de vie aussi.

Et c’est sans doute cette qualité qui le caractérise le mieux pour moi comme pour lui. Cet homme est plus jeune que moi, pourtant il semble six ans plus vieux. C’est parce qu’il est passé par un cancer mortel dans presque tous les cas. Il s’est vu proposé, ainsi que neuf autres patients un traitement qui venait plus ou moins d’être trouvé. Sur les dix, sept ne s’en sont pas sortis. pourquoi ? Peut-être étaient ils plus atteins, mais je pense surtout qu’ils n’ avaient pas le même attachement à la vie que l’on perçoit chez Leon.

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Plusieurs fois nos discutions se sont prolongées jusqu’à l’aube. A un moment de la nuit il fondait en larme au souvenir de ce ‘passage’ . Il m’a tout expliqué en détail. ‘Après cela, je n’ai jamais vraiment réussi à retrouver la place que j’occupais auparavant dans mon corps.’

Souvent lorsqu’il touche son bras, c’est un peu comme s’il ne lui appartenait pas vraiment. Dans ses yeux et dans ses paroles on peut voir qu’il vit, d’une certaine façon, plus que nous autres, plus fort.

Cet homme a vu son corps mourir littéralement et a connu la douleur. Depuis c’est sûr il est moins social. Il dit ce qu’il pense, au moment où il le pense, même si parfois c’est révoltant et qu’il doit rectifier ou s’échapper d’un rire. Moi je pense qu’il a le droit, il a le droit de dire ce qu’il veut. Car comme lui je pense qu’on ne peut pas se faire une idée de qui est une personne simplement en entendant une phrase ou deux de sa bouche. Il est le genre de personne à se lever au milieu d’une salle comble et de dire ce qu’il ne faut surtout pas dire.

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Je ne vous dirai pas quoi, car les gens à qui j’en ai parlé n’ont pas pu comprendre. Moi je le comprends et je suis capable de comprendre à peu près n’importe quel être humain. Celui-là me touche car c’est un emmerdeur.

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Je peux voir aussi dans ses yeux, que peu de choses peuvent l’effrayer ou le surprendre en mal. Oui, il peut être surpris, mais au fond il est plus amusé que surpris car il est déjà passé par le pire. Il ne peut pas être paralysé par la peur, si ce n’est celles de ses propres pensées. Il ne peut que se révolter contre ce qu’il déteste. D’une certaine façon j’envie sa liberté d’expression. Et il admire ma liberté tout court.

C’est pourquoi ce matin là il s’est levé et m’a préparé un café, se retenant de sourire de ma visite, sans doute pour ne pas avoir l’air de se moquer. Il m’a écouté comme peu d’amis auraient su le faire sans jamais m’interrompre. Je lui ai raconté tous mes débordements émotionnels suite aux évènements de la veille, pleurant encore toutes les larmes de mon corps. Puis je lui ai dit : ‘Tu es près, ? on part dans le nord !’ il a sourit :‘quand ça, demain ?’

‘Non maintenant, là, tout de suite ! lui répondis-je, prends quelques affaires, ta guitare et on y va.’ Plus tard il me confia ainsi qu’a une amie : ‘je me suis senti un peu mal quand tu m’as dis ça ; car au fond oui je pouvais très bien partir, rien ne m’en empêchait, je manquais juste de couilles pour dire : Ok allons y !’ Mais il y pensait, et ça l’amusait. Cependant il me dit, ‘Vincent, que s’est il passé après que tu ai été jeté dans la rue ?’ Je lui racontai la fin de ma nuit et il m’écoutait, de plus en plus amusé. Puis il me dit : ‘regarde Vincent ; tu me racontes tes problèmes, comme si le ciel t’était tombé sur la tête, mais tu oublies de me parler de la suite de ta nuit qui me semble t’il était passionnante.’ Tu entres dans une soirée privée en montrant tes dessins les larmes aux yeux, un gars passionnant te paye des verres, tu te fais ballader sur le dos de quelqu’un et tu rentre en rick-shaw en partageant une double crêpe au chocolat géante avec le mec qui pédale…’ A ce stade mon moral se divisait entre les larmes et le rire. Il m’a ensuite raisonné pour que je ne disparaisse pas comme ça du jour au lendemain comme un gitan. Il a tout de même accepté, faute d’aller dans le nord, de venir jouer du piano pendant que je peignais, la journée a commencé de manière fébrile dû à la fatigue, et à l’entremêlement des émotions.

Voilà, le Fringe est fini et je ne tarde pas à sortir de la ville. Je ne suis pas habitué à y rester si longtemps, et l’Atelier roulant n’est pas assez un modèle d’organisation pour vraiment y faire face. C’est encore un radeau dans un océan déchaîné. j’ai besoin de grands espaces sans limites pour l’œil. C’est la nuit, je salue le vigile qui est extra et je vais me coucher. Demain je prendrai la route du nord par le Forth bridge. Sur la route je repenserai à tout ça : je ne regrette pas d’avoir eu ce moment de lâché prise, et toutes ses sensations intenses car je me sens plus vivant que jamais. Quand j’y repense il y a eu à Edinburgh plusieurs personnes qui ont été ou pour qui j’ai été une bonne bouée de sauvetage. Qu’il est bon de partager la vraie vie, de respirer un bon coup, et de reprendre la route.

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Cette ville malgré certains inconvénients inévitables a su se montrer particulièrement accueillante et bienveillante avec moi, allant jusqu’à une fois me faire sauter une contravention de stationnement, ce qui n’arrive pratiquement jamais paraît-il, je l’aime cette ville c’est un cadeau ; mais il est temps pour moi de m’en éloigner. Je n’ai toujours pas eu de réponse quand à ma place sur Grass market, et je ne compte pas me démener plus que ça pour faire partie du décor. S’ils veulent de moi tant mieux sinon… Alors pour l’instant pourquoi ne pas tirer plus au nord, vers les Shetlands ?

Une des autres choses que je ne ferai jamais c’est d’appeler un média pour qu’il parle de moi. J’ai croisé un mec, par exemple une fois (alors que je campais sous les fenêtres d’une superbe fille), qui tenait un journal internet, nous avons échangé nos cartes et il ne m’a pas donné signe de vie pourtant j’ai découvert récemment qu’il y avait un lien entre un journal en ligne et le site ? je ne sais si c’est lui ou un autre mais je vais tirer çà au clair. Il faut reconnaître qu’ils sont rares les journalistes de terrain qui font leur bouleau. Cependant je parle peu être un peu vite, on peu rencontrer un nid de reporters au carrefour et regretter je suppose, le temps où on avait pas d’image…

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