vers l'accueil Guadeloupe vers les étapes
+ de photos
1 1  
1 1   errances dans les îles
1 1   la Martinique
1 1   oyster pond
1 1   dans le vif du sujet
1 1   le marché sainte anne
1 1   casanouille
    1   saint françois
    1   cowboy solitaire
    1   retour
    1   un pays, l'Amour
 
 
 
 
retourLa jeune fille et la mer

<<Abéna, ma mère, un marin anglais la viola sur le pont du Christ the King, un jour de 16 ** alors que le navire faisait voile vers la Barbade.’ Ainsi commence ce roman de Maryse Condé :>> ‘Moi, Tituba sorcière…’ que m’a prêté le premier à m’avoir vraiment accueilli lors de mon arrivée à Pointe à pitre. L’écrivain semble avoir bien connu son héroïne.
Pour ma part, j’aimerai que ce nouveau chapitre de l’atelier roulant commence ainsi :

A quinze ans, Délia embarque comme passagère clandestine sur un bateau faisant route vers Saint-Barthélémy. Un peu avant sur le quai, elle avait entendu des marins qui parlaient un peu fort, prononcer ce nom qui lui sembla familier. Que faut-il à une fillette de quinze ans, blonde comme les blés, pour décider de traverser l’océan entre elle et son passé ?

Faut-il ne pas avoir été aimé ?
Etre une enfant illégitime ; pour qui il ne reste plus amour ni considération ? Faut-il avoir été battue et avoir espéré ?
Faut-il avoir été battue à nouveau puis avoir espéré, puis battue puis l’espoir encore et encore… ?

Ce ne sont pas les coups à eux seuls, qui peuvent faire perdre à une enfant l’espoir d’être aimée un jour. De toutes les cicatrices qui lézardent son corps, ce sont les mots qui lui ont fait le plus de mal et de profondes entailles au cœur.

C’est pour çà que Délia ne cesse jamais de parler ; C’est sa protection à elle contre les mauvais esprits, les sons qui l’ont fait tant souffrir. Et lorsqu’enfin elle cesse d’emplir l’espace de sa voie cassée, éraillée par la vie d’avoir autant servi, c’est pour parler dans sa tête à elle même.

Pour avoir vu une photo d’elle à trente-cinq ans, je sais, elle devait être, plus que très jolie. Quarante ans après, elle fait encore tourner les têtes et sa présence attire parfois de jeunes hommes ; fiévreux de sentir ce que c’est une vraie femme.

…Délia se glisse à bord dès que l’équipage a quitté le navire pour profiter des plaisirs dont vous connaissez la nature, et qui sont, bien loin des préoccupations d’une jeune fille innocente et invisible.

Elle, elle pense à se trouver une bonne cachette pour qu’on ne lui mette pas le grappin dessus avant d’être loin des côtes.

La jeune fille, cloîtrée dans un placard de la cuisine sombre, ne tarde pas à être malade, si malade qu’elle craint que l’odeur ne la trahisse …

Elle décide de sortir en douce de sa boîte et tente de se mêler au reste de l’équipage, nouant ses cheveux sous sa casquette.

Juste à temps ! Car le cuisinier peste et rugit : << Bon sang, ça sent le rat crevé là d’dans, qu’est ce qui pue comme ça !!?>>

  rocher-voilier
proue-yatch  

Malgré ses efforts, la petite ne tarde pas à être découverte. Sa poitrine naissante mais déjà bien visible ne laisse aucun doute au cuisinier qui lui retire sa coiffe comme un ours en colère ; délivrant ainsi une avalanche dorée : << Et bien et bien qu’est ce que nous avons là ?? !>> Saisissant l’épaisse toison il l’entraîne sous la lumière. <<Toi, va chercher l’ captain !>> Cri-il au moussaillon << Qu’est ce que tu fais là petite et qu’est ce qu’on va bien pouvoir faire de toi ? Ah tu t’es bien débrouillée, il est trop tard pour te ramener à quai…>>


Ainsi démasquée et sous le regard inquisiteur du capitaine et de son second, Délia avoue tout, qu’elle a entendu les marins parler de Saint-Barthélémy et que ça lui semblait comme ça, assez loin pour elle. Elle ajoute timidement : << Si vous ne voulez pas m’emmener, vous n’avez qu’à me déposer à la prochaine station… je m’ débrouillerai…>> à ces mots tout l’équipage éclate de rire. << Ma p’tite, où te crois-tu donc, dans un train ??

Des stations entre le Portugal et les Antilles ha, ha, ha… Qu’est ce qu'il ne faut pas entendre, … Bon qu’est ce que tu sais faire ? >> << Et bien … je fais très bien la cuisine et je…>> <<Très bien dit le capitaine, se tournant vers son cuisinier, tu la prends avec toi ;  après tout c’est toi qui l’a trouvée, donc tu t’en occupes !>>

Le cuisiner qui était pourvu d’un déplorable sens de l’humour, s’adresse durement à la jeune fille et bougonne :<< Pff, une femme à bord çà porte malheur je vais surtout te mettre avec le tas d’ordures que tu vois là bas et te jeter aux requins, paraît qu’y en a beaucoup un peu plus loin .>> Il n’en fallut pas plus à la petite, pour être terrorisée.

océan
 

 

voilier

 

 
C’est ainsi que Délia, quinze ans, débarque aux Antilles et a été placée par les marins dans une famille d’adoption. Elle y vécu, me confia t’elle plus tard, les plus belles années de sa vie.
 

rocher diamant

retour‘le rocher du diamant’ Martinique.

C’est elle qui, quarante ans plus tard, me téléphonera alors que j’étais dans une situation pour le moins difficile et difficile est un euphémisme pour dire que j’avais tout perdu. Tout. Ce tout, mon tout, était resté dans la voiture qu’un de mes amis récents avait prêtée à un mec pas très recommandable sans m’en avertir.
Il connaissait ce type, un certain Moon depuis plus d’un an. Je lui avais pourtant expliqué quelques heures plus tôt, pourquoi on ne pouvait pas se fier à ce genre de personne même si sur le moment ils ne pensent pas toujours à mal.

Voilà comment, trois jours après mon arrivée sur l’île, je me retrouvais démuni de tout.

le capitaine
 
 
retourLe portrait.

Ce matin là, je fus réveillé par le coup de fil d’une certaine Délia, que j’avais rencontrée la veille alors que j’étais occupé à trouver des commandes par tous les moyens. J’étais arrivé avec moins que rien et que je devais d’urgence me refaire afin de pouvoir peindre tout ce que j’aurai envie après. A la suite de plusieurs essais infructueux dans des quartiers que j’imaginais aisés vus de loin et qui se révélèrent populaires ou pas franchement riches, rarement intéressants, vus de près.

bananiers

J’avise une femme blonde avec un panier et un chapeau de paille ; je lui montre mon travail, elle paraît l’apprécier, << en ce qui me concerne, je n’ peux pas vous demander de dessiner ma maison, j’habite dans le sous-sol d’une d’entre elle et pas la plus jolie. Désolée ; vous avez beaucoup de talent>>. J’ai trop chaud et m’apprête à la quitter démoralisé, puis, tout d’un coup elle me dit :<< Vous faites les portraits ?>> Je réponds :<< oui, à l’occasion. >>

<< Dans ce cas, j’ai une amie qui cherche à faire faire le portrait de sa nièce. Vous la trouverez au restaurant : le Planteur, qui est juste en bas ; elle s’appelle Délia. Dites que vous venez de la part de Colette, je tiens le salon de coiffure juste en face>>.

Après remerciements et salutations, je débarque dans le dit café en bois blanc. Au bar, une femme est assise de dos, elle est habillée d’une tunique blanche légère, je remarque sa peau bronzée et sa délicieuse chevelure blonde. Je sais qu’elle a au moins la quarantaine, mais c’est exactement le genre de femme qu’on s’attend à trouver sous les tropiques, dans un bar qui s’appelle : Le Planteur. Je grave cette image dans ma mémoire.

Pendant l’entretien, nous gardons nos distances mais je sens bien qu’une amitié pourrait naître ; une complicité entre un jeune homme et une belle femme d’âge mûre qui a l’expérience d’une vie difficile et instable et une constante envie d’aimer. Une femme restée jeune au fond d’elle-même. Elle me montre une photo de sa nièce. Elle est mignonne avec ses cheveux coupés courts, à la mode ‘petit bateau’ et ses grands yeux noirs ; tout l’inverse de sa tante; mais quel beau couple elles doivent faire… Elle décide de m’engager pour le portrait. (Je ne le ferai sans doute jamais…)

 
attente


<<Ben, passes moi les clés de la caisse>>, dis-je en sortant sur le pont du bateau où il travaille, Ben me dit, tout endormi : << La caisse n’est pas là, je l’ai prêté à Moon. Mais t’inquiètes pas,..>> dit-il en voyant une ombre dans mon regard, <<il doit me la rapporter pour dix heures>>;
- Ne pas m’inquiéter, ne pas m’inquiéter,…<<Tu es conscient que j’ai tout dans cette caisse>>?
-<< Oui… désolé, j’avais zappé…>> … << Mais ne t’inquiètes pas, je le connais Moon et j’ai confiance en lui>>.
Il s’avérera que nous l’attendrons pendant toute la journée et toute la nuit. Les coups de fils ; de sa part pour nous dire qu’il arrive bientôt, de la notre pour lui demander d’arriver, s’enchaîneront et ponctueront notre attente. La tension deviendra insupportable, montera jusqu’à son paroxysme, nous sentirons tous à un moment donné, que cette aventure va mal tourner. Mais pour l’instant, il est dix heures, Ben semble calme, tout est possible…

Je repense au coup de fil matinal de cette femme, Délia.: <<Ecoutes, j’ai repensé à cette rencontre, et il se trouve que,…enfin, tu vois c’est pas un plan cul, enfin je suis seule et je m’ennuie sur cette île, j’ai besoin de quelqu'un, un homme, pour aller dans des endroits, découvrir des coins secrets, beaux et je ne connais personne d’autre que toi à qui je pourrai demander cela, (note de l’auteur : Je mets pas d’ points dans les phrases de Délia, parce qu’il n’y en a jamais. La phrase commence en début de journée et se termine, peut être quelque part dans ses rêves. Sa vie entière, pourrait être considérée comme une grande phrase sans point.) Je lui donne rendez–vous à la Frégate, une terrasse sur la marina.

retourLe caillou noir.
Pourquoi y a t’il dans cette île, une grande solitude, comme un air de fado, qui plane le long des quais jusqu’aux caps et dans les terres, sur la moiteur des airs, dans la noirceur du vert.
Dans le soleil qui inonde ma table, je dépose en ligne régulière tous les objets qui forment désormais ma seule richesse et mon ultime possession ; histoire de faire le point et commande un café à six mille kilomètres de mon point de départ, au milieu de l’océan.
Se trouvent devant moi : Un portable dans son étui de plastique transparent, un ticket de métro peut-être usagé, dont je réalise la symbolique, un caillou noir, un billet de cinq euro sur lequel je dépose une pièce de deux euros ;… bon, … j’ajoute encore devant le portable deux cigarettes que j’ai roulées préalablement avec ce qu’il me restait de tabac, un paquet de feuilles en bout d’ course, un briquet. Je regarde avec un certain humour, ce qu’il me reste. Je me surprends à me demander quel est de ces 10 objets, celui que je choisirais d’emporter si je ne devais en emmener qu’un seul. Je vous laisse deviner lequel a eu ma préférence après que j’ai fumée l’une des deux cigarettes ce qui diminua ma richesse d’un dixième…

La jeune fille de la table d’en face me regarde étrangement. Elle me demande si je ne pourrai pas lui donner quelque chose. Bon…,

<<Tu vois ces objets sur la table, autour de moi, et bien dis toi que c’est tout ce que j’ai>>. La jeune fille insiste, elle me semble avoir un problème d’alcool ou de drogue peut-être, j’ajoute : << Y vois-tu une carte de crédit ou un chéquier, y vois-tu un passeport ou un quelconque papier d’identité>>? Elle semble réaliser tout d’un coup ce qu’il m’arrive et m’adresse un regard inquiet, compatissant. Je lui dis comme un peu pour moi même :
<< Tu vois, il y a toujours dans la vie d’un aventurier, un moment ou il se trouve sur le fil du rasoir, un instant ou tout peut basculer du bon côté, ou du mauvais. Cet instant pour moi, c’est maintenant. Tout peut s’arranger pour moi dans les cinq prochaines minutes ou ma vie peut entrer dans un scénario tout à fait différent et qu’il me faut tout de même envisager>>. Elle acquiesce de la tête, interdite, et croque dans son sandwich.
retourL’enfer au paradis.

Délia arrive et m’absorbe immédiatement dans ses ennuis. Je décide de ne pas lui faire part de mon angoisse et l’écoute inlassablement avec tantôt du plaisir et tantôt de la gravité.

Nous partons en stop, vers le Gosier, de là nous prenons une barque à moteur et nous nous retrouvons sur une île minuscule mais en tous points paradisiaque c’est l’îlet Gosier.

Des arbres fruitiers ou pourvus de vertus médicinales y poussent en pagaille à quelque pas d’une plage de sable blanc. L’eau y est transparente comme rien, et dessous, des coraux usés et des cadavres d’oursins y sommeillent.
C’est en flânant sur ces chemins et en pataugeant sur ces cailloux qu’elle me raconte inlassablement sa vie, sautant du coq à l’âne comme si je connaissais déjà toutes les personnes qui ont peuplé son passé tumultueux.
<<Le gars voulait à tout prix entrer dans ma chambre, et moi je ne voulais pas il est entré quand même, il m’a donné un coup de couteau, j’ai saisi une machette, et j’ai frappé. La machette est resté fichée dans son épaule, … il est repartit, que voulais-tu qu’il fasse avec un bras en moins ?… c’est dans la rue principale du gosier il y a dix ans qu’ils m’ont attrapée, je ne voulais pas y aller mais ils m’ont traînée par les cheveux dans les escaliers. Arrivée en bas j’étais en sang ; ils étaient venus pour m’embarquer sur un bateau pour une autre île, pour me prostituer…regardes les ces cons avec leurs harnachements de cosmonautes la semaine dernière ils ont encore tué un gamin avec leurs foutus scooters des mers…ces fruits là ont des vertus magiques, me montrant un fruit vert pomme, informe ressemblant vaguement à une poire avec des tas de petits oeillets jaune vif…>>

Par instant elle m’amusait, à d’autre me captivait, et à d’autre ce flux ininterrompu m’étourdissais. Inquiet pour mes affaires je finis par la prévenir que j’allais parler et qu’il allait falloir m’écouter.

<< Oh non, c’est pas vrai !>> s’écria-t'elle lorsque je lui eu révélé le poids que j’avais sur le cœur,>> Ensuite elle n’ a eu de cesse que de me soutenir et c’est ainsi que nous sommes devenus amis, elle m’a invité au restaurant de l’île et a partagé chaque instant de notre angoisse interminable. Elle m’a dit que je pouvais venir chez elle, qu’elle avait une chambre pour moi et que je pouvais venir quand je voulais et même y amener des filles et tout et tout. Elle m’a donné de l’argent pour que je puisse manger et m’acheter des cigarettes, bien après le dénouement étonnant de cette histoire. Une vraie mère aimante qui m’accueilli comme si je faisais partie de sa propre famille.

Demain elle passera Noël seule sur l’île des saintes, un autre endroit paradisiaque. Mais même le plus beau des endroits peut se transformer en enfer lorsqu’on est seul et qu’on n'a pas choisi de l’être. Ce soir je pense à toi Délia, en écoutant les vagues qui se fracassent sur les côtes de la Martinique en bas de la terrasse de l’hôtel où j’écris ces quelques lignes sans trouver le sommeil. Comment ai-je pu espérer que les choses allaient s’arranger, comment peut on espérer que les choses s’arrangent lorsqu’on a laissé aux mains d’un trafiquant de drogue une voiture avec dans le coffre, un ordinateur portable tout blanc, ses papiers, tout ce que l’on comptait comme autres objets de valeur : appareil photo, mp3’s,…etc. et surtout un book dans lequel se trouvent reproduites dix années de peinture et de dessins, exemplaire unique impossible à remplacer.

Je réalise sur cette île que je dois à tout prix, ne jamais me séparer des affaires qui me permettent en quelques minutes de faire savoir à quelqu'un qui ne me connaît pas, que oui, je viens de loin mais que je suis quelqu'un.

Je ne peux pas admettre que je suis redevenu personne, comme ça, par inattention. Les coups d’ fils de Ben entretiennent mon espoir mais la tension est là implacable. Réapparaissant à chacun de nos silences, se cachant derrière chacun de mes efforts vains pour imaginer une fin acceptable ou la moindre solution.

Nous quittons ce paradis sans regret puisque l’enfer est partout même ici, et nulle part, même ailleurs.
Lorsque nous rejoignons les autres ils sont sur le parking de la marina. Ben et Tibaut affichent une mine dépitée. << C’est bon, il a dit qu’il arrivait, d’ici une demi heure.>> Tibaut ajoute :<< En même temps ça fait six ou sept heures qu’il arrive…>> Soupir général. Je présente mon amie et entreprends de déguster méticuleusement une pomme cythère à l’aide du couteau de Délia, car je n’ai même plus le couteau, celui que m’a offert Olivier mon ami de bordeaux, qui était son tout premier Laguiole. Simple en corne de vache noire, avec cran d’arrêt.

Après quelques demi-heures d’attente, nos incantations habituelles n’y ayant rien fait, (Nos incantations sont :<< Il y a un moment, tout s’accélère…>> et << La puissance n’est rien sans la maîtrise.>> Mais cette dernière n’a aucun effet sur ce genre de problème). C’est pourquoi nous ne l’avons même pas formulée, et que nous sommes retournés à pied au bateau, Délia meublant l’espace vide, de paroles lointaines, et nous, cheminant silencieusement, le sang affluant dans nos veines comme un poison doux et amer. Au bateau la tension s’enflammait pendant que la nuit tombait, jetant sur nos craintes, une poudre incandescente… la peur.

Je demandais à Ben de me passer Moon car il fallait que j’entende le ton de sa voix afin de pouvoir le jauger. Je lui expliquais patiemment que dans le coffre de cette voiture se trouvait un book contenant quinze ans de ma vie artistique, et je réalisais du même coup l’horreur de perdre cet exemplaire unique, contenant les seules traces d’une centaine de dessins et de peinture, chacun représentant 30 à 50 heures de ma courte existence. Les perdre, c’est perdre un peu de ma propre existence, perdre toute consistance.

Combien de fois ce livre magique m’a-t’il sauvé la mise, a-t'il fait comprendre aux gens qui sinon m’auraient ignoré, qui j’étais ? J’espérais de tout mon cœur qu’un rasta de Trappe Antillais et jusqu’au coup dans le trafic de drogue, puisse saisir cela. Je perdis un peu mon sang-froid et lui dis que j’en avais besoin pour travailler.
- Il n’y a pas que toi qui dois travailler.
- Ok, j’arrive dès que…
C’en était trop :- C’est maintenant que j’en ai besoin, je n’ suis pas tranquille… Il s’énerva : - Ne me donne pas d’ordre, ce n’est pas toi mon pote ok ?! C’est Ben ! Click….buuuuuhh. Evidement là, je le sentais plutôt mal. J’échafaudais, les pires scénarios, la voiture était déjà désossée, ou sur un bateau, mes affaires appropriées, mes papiers remisés, les codes de ma carte de crédits en cours de décryptage…

Assis à une terrasse exotique, nous nous demandions comment réagir. Appeler la police signifiait entrer dans une guerre plus qu’incertaine, (nous ne connaissions pas l’efficacité, l’intégrité, des forces de l’ordre ni même le crédit que nous aurions auprès d’eux).

De plus nuire à un Antillais, en plus du fait que nous n’avions aucune envie de le faire, en tous cas de cette façon là, (une bonne correction nous aurait mieux soulagé), nous exposait à de possible vengeances pendant les mois venir, et signifiait de fait, mettre un terme à notre présence sur l’île.
Arrivé depuis quelques jours je n’avais pas du tout envie de repartir si vite et de quitter cet univers nouveau juste à cause d’une personne sans gène. Plus nous réfléchissions, moins nous ne trouvions de solutions. Me revinrent les paroles d’un sage :
<<S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème>>. Un autre coup de fil nous prévint qu’il arrivait une fois de plus, que je n’étais pas son ami, et qu’il avait toutes mes affaires.
Nous décidâmes qu’il valait mieux que je ne sois pas là quand il viendrait.

Quand la colère nous prend
amis
Premier soir, premiers nouveaux amis.
 retour   Heureusement, il y a les amis…

    A ce stade de l’histoire je n’ai qu’une envie, vous dire que tout c’est bien terminé et en finir au plus vite avec cette histoire dans l’ensemble assez glauque, pour parler de choses plus réjouissantes. Mais c’est dans ce genre de situation que parfois on mesure pleinement ce qu’il y a de beau sur cette terre, et la chance qui comme l’amour vient vous surprendre au moment ou on s’y attend le moins, ainsi qu’a l’inverse elle délaisse ceux qui ont agi de façon irrespectueuse et égoïste.

      C’est ainsi qu’au moment le plus critique de l’épisode alors que nous étions tous de plus en plus angoissés sur le pont arrière du bateau, que Denis, que j’évoque au tout début de l’histoire comme le premier être vivant que j’ai rencontré à la marina en arrivant ; débarque en nous taquinant gentiment. Il avait suivi l’histoire et avait toujours pris des nouvelles de son évolution. L’air pas du tout démonté devant nos mines désespérées, il prend un ti-punch et plaisante tranquillement. Je lui confie que je vois mal comment cette histoire pourrait se terminer positivement. Il déclare alors très calmement et avec un sourire tranquille :

     <<Moi je pense qu’il n’y a qu’a attendre, je ne pense pas que ça puisse mal se passer, il n’a donc aucun intérêt à déconner… Non vraiment je ne suis pas inquiet.>>

Cette simple phrase qui découlait d’une observation analytique de la situation, et d’un sentiment sincère, nous a tous rassérénés. L’humour est revenu parmi nous et nous avons tous réussi à prendre quelques heures d’un sommeil, qu’autrement nous n’aurions jamais réussi à trouver.
Et au matin, tout fût arrangé c’est Ben qui me téléphona chez Délia pour me dire qu’ils s’étaient, tout deux, Tibault et lui,  rendus chez Moon qui dormait comme si de rien n’était et que sa grand mère lui avait rendu les clefs. Un miracle.

Quelques jours plus tard Ben rencontra une jolie fille à qui il était arrivé la même chose qu’à lui, elle aussi lui avait fait confiance et avait attendu sa Golf toute neuve pendant toute la journée. Ben l’a renseignée sur l’endroit ou récupérer sa voiture, mais la différence qui a coûté cher à Moon, c’est que la jeune fille avait deux grands frère tout a fait du type armoire à glace, c’est ainsi que ce cher Moon passa un sale quart d’heure.

Je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée pour lui-même s’il l’avait bien mérité, car au fond ce gars de gros défauts assez impardonnables, mais il ne semble pas qu’il soit un voleur. Cela lui fait au moins un vice qu’il n’a pas et j’espère que cette histoire lui aura fait prendre conscience de certaines choses, mais je suis sans doute un peu naïf.

 
               
retourLa cabane du pêcheur…

 

Dans un soleil plus éclatant que jamais mes nouveaux amis et moi voguions, le cœur léger, vers le port de Jarry où je devais récupérer enfin ma maison à roulette.

Plusieurs aventures étaient à venir que je ne vous raconterai pas en détail pour l’instant. Je vis actuellement des moments de bonheur, de calme et  de tranquillité que j’ai bien plus envie de vous faire partager, que tout ces moments où j’ai dû lutter contre des problèmes. Cela donnerai je pense une fausse image de ce qu’est cette aventure, car même si j’ai souvent eu affaire à une suite de souci celle si n’est pas une constante galère, loin de là.

      La preuve c’est que je me trouve actuellement dans un petit paradis sur terre, une cabane de pêcheur à Port-Louis. Chaque matin en descendant de mon lit à roulette, j’y prends mon café en contemplant l’océan, turquoise et outremer au fond. Un martin-pêcheur ou deux passent sous mon regard aussi réguliers dans leur vol que des vaisseaux spatiaux.

cabane du pêcheur

Puis, je me mets à peindre quelques heures dans le petit atelier que j’ai improvisé dans la partie la plus ancienne de cette cabane de tôle et de bois, peinte de blanc et rehaussée de jaune, coquille d’œuf.   palette de l'artiste

Accompagné uniquement du café fumant et de la saveur du tabac, je lis les couleurs. Tout, en ce lieu, irradie d’une lumière douce et limpide, comme un hommage à ce qu’on trouve sous la surface de l’eau qui l’entoure. La paix et une sensation de bien être unique m’envahissent, uniquement tachetés du regret que nous soyons peut-être, moi et Alain, mon compagnon de fortune, solide gaillard du nord et fameux bourlingueur ; les derniers à en profiter.

     phare de port louis
‘Phare de port-louis’

 

     En effet, construite dans les cinquante pas géographiques et protégée des assautx de la mer par de constants efforts de  remblaiement, elle se trouve aujourd’hui frappée d’alignement par un projet de boulevard touristique ainsi, que les deux seules autres cabanes qui résistent encore à ces initiatives sensées relancer l’économie du village.

 

     La politique, a toujours été qu’il fallait construire des infrastructures neuves pour accueillir les touristes, ce qui, forcément appauvri l’environnement culturel et vivant des lieux, pour ne laisser plus que la plage, les activités qui s’y rattachent, et des commerces finalement semblables à ce que l’on trouve en France. Cela a bien sûr pour effet de n’attirer que le tourisme qui dépense le mieux et qui pense le moins. D’accentuer le fossé entre métros et Antillais où, encore pire, de tout niveler par le bas. Les touristes ou les voyageurs qui viennent à Port-Louis, sont enchantés par ce qu’ils y trouvent, (et encore, il ne reste plus grand chose), parce qu’ils ont affaire à un patrimoine culturel.

port louis

Ils y apprennent maintes et maintes choses par les rencontres qu’ils y font. Mais au lieu de voir cette richesse et ce partage culturelle qui pourrait tout à fait être rentable, en éduquant le touriste, on préfère un tourisme de masse que l’on puisse gérer comme un troupeau de bétail et blâmer ensuite pour sa bêtise et son irrespect. Mais respecter quoi ? Si ce qu’ils trouvent ici, est une copie de la France avec les plages en plus, ils n’y a aucune raison pour qu’ils se comportent autrement que comme chez eux. Qu’on leur montre une différence, un mode de vie insulaire, et riche ; qu’on l’affirme, et là, il peut y avoir échange et respect.

sepia cabane

 

Ce n’est pas la première fois que j’ai l’impression que le monde s’écroule derrière les roues de mon triporteur et franchement, cela n’est pas suffisant pour m’empêcher de profiter d’un havre de paix quand j’en vois un. Je suis si heureux de peindre ma première toile libre, dans cet environnement parfait. Dans quelques minutes, je prendrais mon harpon, (vulgaire pointe de métal au bout d’un manche à balais), et j’irai pêcher quelques langoustes et peut être un poisson chat ou un cardinal.

Ce soir, notre ami Franc qui tient un restaurant nous le cuisinera sur le grill, accompagné d’une sauce dont il a le secret.

 Puis, je me doucherai, sous le bidon qui sert de douche, face à la mer.

Je reprendrais le travail jusqu’au soir et peut-être dès demain, devrai-je quitter ce lieu rêvé pour aller à la rencontre du public, mais ce sera pour mieux revenir.

triporteur

Pour le moment, je me demande si la pureté de cet océan transparaîtra dans mes couleurs ou, dans la façon négligée, dont je les jette sur le lin blanchi.

 

    Je la pousse pour lui donner vie, mais elle aussi me pousse et m’entraîne vers tous les horizons … Au fond, tout cela n’a que peu de sérieux et que peu d’importance. J’ai fait mes meilleures œuvres, le cœur léger. Cette pâte flottante a le pouvoir de montrer les émotions humaines, sans que l’artiste ait besoin de les vivre à nouveau. Il sait simplement de quoi il parle.

    palette2

retour
 
sitemap