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Un jour, enfin débarrassé du vent glacial qui me collait aux pneus, j’entreprends de gravir les cimes à bord de mon drôle d’engin à mi chemin entre un scooter et un tank. Par un doux rayon de fin de journée, j’arrive à Megève. Je m’amuse beaucoup à regarder la tête des gens lorsqu’ils voient cette improbable machine se frayer un passage dans la neige fondue. (par la suite je n’aurai pas toujours l’aide du soleil et je découvrirai les joies de la glisse). Mais là pour l’instant, je maîtrise et une fois franchi les derniers mètres de côtes abruptes.

Bertrand et Jérôme Bertrand et Jérôme Bertrand et Jérôme

Je rejoins quelques visages amicaux, parmi lesquels je passerai nouvel an et quelques jours de détente bien mérités après les étapes d’Uzès et Meyrueis, avant de me mettre au travail pour une troisième étape placée sous le signe du froid et de la neige.

Vue sur le Mont -Blanc
C’est grisant la montagne me dit Jérôme, et il a raison ; lorsque le soleil étend ses derniers rayons sur les sommets, les habillant ainsi de rose tandis que dans la vallée, toute bleuie, tout s’assombrit, entre les arbres, tombe le froid, et à mesure que s’illumine le festin chaleureux, notre esprit, tout au soleil tranquille, l’alerte du corps qui s’engourdit.


A propos peut être vous vous posez la question : Comment peut-on peindre dehors lorsqu’il fait -5c°, que votre palette et votre pinceau restent collés ensemble comme deux touristes amoureux au pôle nord ?

Vincent au travail à -5°C
Vincent au travail à -5°C


Je vous le confirme, on ne peut pas. Mais grâce à la bienveillance
du directeur et de l’équipe de l’hôtel du cœur de Megève, j’ai pu bénéficier à toute heure d’une terrasse chauffée, et de tout plein d’Irish-coffee qui ont sans doute été la clef qui m’a permise de faire un bon travail au final, le p’tit plus quoi, que les autres artistes n’ont pas et qui fait toute la différence. Bon bien sûr j’avais pas trop de concurrence, mais s’il y’en avait eu … Ouais, enfin en tout cas merci à eux et je dois dire que tout ceux qui ont compris un peu ce que je faisais là, ou même parfois les enjeux de l’Atelier-Roulant, m’ont bien aidé à supporter le froid. Comme Manu, employée de la célèbre boutique qui vend des fuseaux et des fourrures, qui m’apportait tous les jours un petit café bien fort et bien sucré, se sont ces petites attentions qui rythment la vie de l’artiste voyageur. Il n’y a guère que la police locale qui n’a pas été terriblement accueillante, on va dire. Mais çà c’est un peu normal ; ils ont pour consigne de refuser l’accès des zones piétonnes à tous les stands d’artisans, et à toute forme de spectacle de rue, c’est à dire à toute animation spontanée. (Ceci explique un peu le manque de concurrence.)

L'Atelier Roulant à Megève

Et tout d’un coup, voilà ce qu’ils voient apparaître sur la place sans prévenir : Un drôle d’engin et un hurluberlu qui peint et discute peinture avec tous les gens en manteau de fourrure ou chaussures de ski. (Je n’évitais que ceux qui étaient en maillot de bain.)
D’habitude, je fais connaissance avec les policiers ils me saluent quand ils passent, ce n’est encore jamais arrivé que l’un d’entre eux devienne un ami, mais çà c’est un peu dû au hasard. Comme ils sont souvent dans la rue, ils font partie de mon environnement quotidien. Mais là, allez savoir pourquoi, çà n’a pas passé du tout entre nous, et tout ce qu’ils ont été en droit de m’interdire de faire, ils me l’ont interdit. Heureusement pour le public, il ne pouvait pas m’interdire ni de créer dans la rue, ni de parler avec les gens, encore moins de me servir de mon scooter comme d’un chevalet. L’évocation de la loi André Malraux, et mon refus pur et simple de quitter les lieux ont dû laissé l’agent un peu perplexe et il est reparti s’enquérir de ce qu’il en était avec la chargée de la culture. A ce sujet, même si je fais preuve de beaucoup d’aplomb quand j’évoque cet article de loi, j’aimerai qu’un avocat, ou un légiste nous éclaire enfin sur ce point.
Est-elle en vigueur et quel est son numéro ? Je crois que cela ferait bien des heureux car j’ai souvent vu cette question sur le net. Souvent, une belle assurance suffit à convaincre tout le monde qu’en fait tout est normal, et souvent les policiers ou les gendarmes plus mûrs connaissent un peu mieux cette législation, il y avait plus d’artistes dans les rues à l’époque où cette loi est entrée en vigueur je suppose. Sinon pourquoi aurait-elle été créée ? Pour ma part je pense que plus de communication, plus de contact dans la rue = plus d’humanité, moins de laissés pour compte, donc moins de criminalité.
Vous ne trouvez pas ?

Mais trêve de divagations, retrouvons V i n c e n t S o l è m e (ce qui veut dire : Retrouvons moi)…(c’est que, d’ici peu nous aurons droit à la prose de Mélissa pour vous conter les aventures de l’Atelier-Roulant, ainsi à part de brèves citations hautes en couleur, tout sera à la troisième personne. Le but est de limiter mes salades aux ‘news’, et d’ainsi pouvoir me consacrer surtout à mon travail, là c’est juste pour que vous n’arriviez pas sur un site totalement vide. Le site dans son ensemble est d’ailleurs en cours de construction. Quand il sera fini, vous le saurez ; ce sera quand vous prendrez votre clavier pour un volant et votre souris pour un pinceau.
Retrouvons V i n c e n t S o l è m e, donc, et son atelier roulant, de nuit, par un fort vent glacé agrémenté d’abondantes chutes de neiges (çà rigole plus là).

Montagne enneigée

Tentant de trouver un endroit pour habiter, si possible gratuitement, dans une station huppée, en pleine saison touristique.
(ben quoi vous vouliez de l’aventure…en voilà). Les dix centimètres de neige ne font pas peur au petit véhicule surchargé et Vincent fait vombrir de toute sa puissance son moteur 50 cm3 pour éviter de redescendre en glissade et se gare devant le restaurant ‘le Délicium’
côte à côte avec un gros 4x4, probablement celui du patron.
Tentant de paraître le plus décontracté possible, il entre donc dans le huitième établissement et douzième maison, pour voir s’il n’y aurait pas une chambre.
Toutes sont occupées par le personnel, mais sensible à la démarche il fait tout de même l’effort de demander à sa femme et de réfléchir un peu. Il répond donc par la négative :<<…mais prenez un café, c’est pour la maison.>> L’artiste s’assied, reconnaissant, il dissimule avec peine un désespoir naissant. Se concentrant sur la douce chaleur du café il entend vaguement le patron parler de son barman qui chercherait un colocataire.

Alexandre

Vincent étudie le jeune homme derrière le bar, Alex, le jeune homme derrière le bar étudie Vincent. Il est breton et cherche quelqu'un de fiable pour partager le loyer, pourtant ce jeune homme à la mine sérieuse, mais à l’attitude décontractée semble intrigué par ce que fait ce baroudeur. Il ne se doute pas encore qu’il sera quelques mois après, l’auteur compositeur interprète, des dix chansons qui composent l’album de l’Atelier roulant.
Non pour l’instant il est derrière le bar et moi devant. Comme il aime bien ce qu’il soupçonne, il accepte que je paie quand je peux cinq euros par jour.

Alex présente son CD de musique

Ainsi débute cette étape, jalonnée comme je le disais, de stalactites de glace, mais aussi de bretons bienveillants car ce n’est pas un hasard si, quelques semaines plus tard, alors que je n’attendais plus rien de cette étape si riche par son côté rock n’ roll, ces rencontres étonnantes et fructueuses, je me retrouve dans le bureau d’un autre breton, directeur du Casino de Megève, il m’achète deux reproductions du dessin de Megève et soumettra mon projet au conseil d’administration afin que je bénéficie d’une subvention de mille euros pour m’aider à améliorer l’Atelier-roulant.

Megève  Haute-Savoie 74


A vrai dire je ne pensais pas jusqu'alors qu’on puisse subventionner un tel projet. C’est vrai, il est totalement libre et sans attache, imprévisible et pas basé quelque part en particulier. C’est vraiment un acte gratuit qu’à fait là, le Casino de Megève en m’ajoutant sur la liste des projets et diverses œuvres caritatives qu’il soutient.

Ma traversée de l’Europe est faite de ces rencontres qui me donnent un cap à suivre. Mes bretons sont comme les bouées hurlantes que l’on croise au bord de leur côtes, vous ne pouvez pas les manquer, elles vous crient non ! pas par là , viens plutôt par ici…
Sans le savoir, elles vous empêchent de sombrer. Ce n’est pas un hasard pour moi, s’ils sont sensibles à ce que je fais car c’est un peuple de marins et que l’art fait partie intégrante de leurs racines, un art qu’on partage, une mer qu’on prend à pleine voile. Mais la raison la plus importante et qui est aussi commune à certains peuples, c’est que c’est un peuple qui peut être fier de lui qui revendique son identité, c’est un peuple qui s’aime, on ne peut pas aimer si l’on ne s’aime pas soi même. Je sais que c’est une phrase bateau, mais ne prend t’elle pas tout son sens quand on la considère au niveau de tout un peuple. J’aurai aimé être Breton plutôt que Parisien, peut-être aurai-je su mieux aimer ?

Marée basse

Désolé Bruno si je n’ai pas pu respecter les délais que je m’étais fixés mais sache que j’ai travaillé d’arrache-pied pour que le nouvel Atelier-roulant puisse voir le jour et que j’espère un jour prendre la mer avec toi.
Cela peut vous sembler étrange et à moi aussi d’ailleurs que je parle de bretons alors que je raconte la Haute-Savoie, mais c’est une particularité de ce métier, d’artiste voyageur à laquelle j’ai dû m’adapter car je ne m’y attendais pas. Je n’arrive pas quelque part sans rien, je porte toujours en moi les stigmates des étapes précédentes et c’est ce qui est beau car le public est tout aussi curieux de mon passé que de ce que je vais faire chez eux. De plus, d’un point de vue pratique, la peinture ne va pas aussi vite que le scooter ou le triporteur malgré leur lenteur. Parce que je vis les choses, et ensuite je crée, je vis et je crée. Je n’ peux que rarement créer et ensuite vivre (mais çà arrive, çà s’appelle avoir une vision.)

La Main

C’est ainsi que souvent, au début de chaque étape je me retrouve à vendre du Uzès à Megève, du Genève à Meyrueis, du Megève à Angers. Donc pourquoi ne pas parler de Bretagne en Haute-Savoie ?
Sachez encore et après j’en aurai fini avec çà, jusqu’à la prochaine ‘bouée hurlante’ que celui qui a créé ce site s'appelle Pierre MÉVELLEC et revendique aussi cette âme et sensibilité bretonnante.
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